Les manquements affectifs dans l’enfance et leurs conséquences à l’âge adulte
Quand on parle de blessures liées à l’enfance, on pense facilement à des événements graves ou clairement identifiables. Pourtant, ce qui laisse des traces n’est pas toujours un événement précis. Cela peut aussi venir de situations beaucoup plus ordinaires en apparence, mais qui se sont répétées pendant des années.
Avoir grandi avec un parent peu disponible émotionnellement, ne pas avoir été beaucoup rassuré ou consolé, avoir appris qu’il valait mieux ne pas trop montrer ses émotions, devoir être autonome très tôt, avoir souvent peur de décevoir ou sentir que certaines émotions étaient moins acceptées que d’autres… Ce sont parfois des choses difficiles à identifier à l’âge adulte, justement parce qu’elles ont toujours fait partie du quotidien.
Il ne s’agit pas de considérer que toute frustration ou tout manque dans l’enfance constitue un traumatisme. Aucun parent ne peut répondre parfaitement et constamment aux besoins de son enfant. Ce qui compte davantage, c’est la répétition de certaines expériences et ce que l’enfant a fini par apprendre pour s’y adapter.
1/ Des façons de fonctionner qui se construisent avec le temps
Quand certaines situations se répètent, on finit naturellement par trouver une manière de fonctionner avec elles.
Un enfant qui sent que ses émotions sont peu accueillies peut apprendre à les garder pour lui. Celui qui reçoit surtout de la reconnaissance lorsqu’il réussit peut progressivement associer sa valeur à ce qu’il fait ou à ce qu’il réussit. Un enfant confronté à des réactions imprévisibles peut prendre l’habitude d’être très attentif à l’humeur des autres.
D’autres vont apprendre à ne pas trop demander, à se débrouiller seuls, à éviter les conflits ou à faire passer les besoins des autres avant les leurs.
Ces façons de fonctionner ne se construisent pas par hasard. Elles ont souvent permis de s’adapter à un environnement et de trouver une certaine sécurité.
Et lorsqu’elles ont été répétées pendant des années, elles peuvent devenir très automatiques.
À l’âge adulte, on peut alors avoir énormément de mal à demander de l’aide, se sentir rapidement coupable lorsqu’on pose une limite, chercher beaucoup l’approbation des autres ou avoir peur de décevoir.
Certaines personnes vont être particulièrement sensibles aux signes de distance dans une relation. D’autres auront plutôt tendance à se protéger en ne comptant que sur elles-mêmes. On peut aussi retrouver un besoin important d’anticiper, de contrôler ou de faire les choses parfaitement pour se sentir suffisamment en sécurité.
2/ Quand le présent réveille quelque chose de familier
Ce qui peut être déroutant, c’est que ces réactions continuent parfois à apparaître alors que la situation actuelle est différente de celles vécues auparavant.
Une personne peut savoir qu’elle a le droit de dire non et ressentir malgré tout une forte culpabilité lorsqu’elle le fait.
Elle peut savoir qu’un proche est simplement occupé et sentir malgré tout une inquiétude lorsqu’il devient moins disponible.
Elle peut savoir qu’une erreur est sans conséquence importante et avoir pourtant beaucoup de difficulté à la laisser passer.
Il y a alors souvent un décalage entre ce que l’on comprend et ce que l’on ressent.
Et ce décalage n’a rien d’incohérent.
Certaines réactions ont été apprises et répétées tellement de fois qu’elles se déclenchent rapidement, parfois avant même que l’on ait eu le temps de réfléchir à ce qui se passe.
Une situation actuelle peut ainsi ressembler, même légèrement, à quelque chose de déjà connu : la sensation de décevoir, de déranger, de ne pas être assez bien, de risquer de perdre le lien ou de ne pas pouvoir compter sur quelqu’un.
La réaction qui apparaît appartient bien au présent, mais elle peut aussi être influencée par tout ce qui a été appris auparavant.
Comprendre cela permet souvent de porter un regard différent sur certaines difficultés.
Au lieu de se demander « Pourquoi est-ce que je fonctionne comme ça ? », on peut commencer à comprendre comment cette façon de réagir s’est construite et pourquoi elle continue à se déclencher aujourd’hui.
3/ Reconnaître un manque ne signifie pas accuser ses parents
C’est un point important, parce qu’il existe parfois une vraie réticence à regarder son enfance lorsque l’on considère avoir eu de bons parents.
Les choses sont rarement aussi simples que « bons parents » ou « mauvais parents ».
On peut avoir reçu beaucoup d’amour et avoir manqué de certaines choses. Un parent peut avoir été très présent dans certains domaines et beaucoup moins disponible dans d’autres. Il peut également avoir fait avec sa propre histoire, son éducation et les ressources dont il disposait à ce moment-là.
Comprendre que quelque chose nous a manqué ne revient donc pas nécessairement à condamner ses parents.
Cela permet surtout de donner du sens à certains fonctionnements actuels.
Si j’ai appris très tôt qu’exprimer un besoin risquait de déranger, il devient compréhensible que demander quelque chose puisse encore être inconfortable aujourd’hui.
Si j’ai longtemps obtenu de la reconnaissance en étant irréprochable, l’erreur peut encore facilement devenir source d’inquiétude.
Et si j’ai dû être très autonome, accepter de dépendre ponctuellement de quelqu’un ou demander de l’aide peut demander beaucoup plus d’effort.
4/ Est-on obligé de rester avec ces fonctionnements ?
Ce qui s’est construit dans l’enfance peut continuer à influencer notre manière de réagir, mais cela ne signifie pas que tout est figé.
L’objectif n’est pas nécessairement de passer beaucoup de temps à analyser son passé ou de chercher l’événement qui expliquerait tout.
Il peut être plus intéressant de regarder ce qui se passe aujourd’hui.
Dans quelles situations cette réaction apparaît-elle ?
Qu’est-ce qui devient difficile à ce moment-là ?
Qu’est-ce que l’on cherche spontanément à éviter ?
Et de quoi aurait-on besoin pour pouvoir réagir autrement ?
Certaines personnes vont par exemple chercher à travailler sur la peur de décevoir ou d’être rejetées. Pour d’autres, il s’agira davantage de pouvoir poser des limites, prendre leur place, demander de l’aide, tolérer davantage l’incertitude dans une relation ou ne plus avoir besoin de tout anticiper.
5/ Travailler sur ces automatismes avec l’hypnose
Dans mon approche, le travail ne consiste pas à rechercher ou à tenter de « retrouver » des souvenirs supposément cachés ou enfouis.
Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de savoir exactement quand un fonctionnement s’est installé pour pouvoir travailler dessus.
Le point de départ peut simplement être ce qui se passe aujourd’hui : une émotion, une peur, une réaction physique, une croyance ou un comportement qui revient régulièrement.
L’hypnose permet alors de travailler sur ces réponses devenues automatiques, mais aussi sur la manière dont une personne se représente certaines situations et les possibilités qu’elle s’autorise face à elles.
L’objectif n’est pas d’effacer ce qui a été vécu, ni de supprimer des mécanismes qui ont parfois eu une vraie utilité.
Il s’agit plutôt de retrouver davantage de souplesse.
Pouvoir poser une limite sans que cela signifie automatiquement risquer de perdre l’autre.
Pouvoir faire une erreur sans remettre en question toute sa valeur.
Pouvoir demander quelque chose sans avoir immédiatement l’impression de déranger.
Pouvoir être attentif aux autres sans devoir constamment s’adapter à eux.
Et progressivement, avoir davantage de choix dans sa manière de réagir.
Certaines façons de fonctionner ont pu être nécessaires pendant longtemps. Elles peuvent avoir protégé, aidé ou permis de s’adapter.
Le travail consiste alors moins à lutter contre elles qu’à permettre qu’elles ne soient plus les seules réponses possibles aujourd’hui.

